Jean Pierre MAGGI – Le BLOG

Europe Fédérale ou Europe à la carte, quel avenir pour la construction européenne ?

La conférence-débat sur l’avenir de la conférence européenne que j’ai organisée hier, à la Maison de la Vie Associative de Salon, en partenariat avec le CEIS et les Amis de la 8e circonscription, a été un vrai succès. Guillaume Klossa, Président du Think Tank EuropaNova, Catherine Casanova, Vice-Présidente du CEIS, et moi-même avons présenté à un auditoire très nombreux les enjeux de l’avenir de la construction européenne.

« Je suis très heureux de vous accueillir aujourd’hui pour cette reprise de notre cycle de conférence « Notre avenir en débats», pour cette année 2014, autour de la thématique « Europe Fédérale ou Europe à la carte, quel avenir pour la construction européenne ? »

Ce débat vous est proposé par l’association « Les amis de la 8e  circonscription», en collaboration avec le CEIS (Comité Européen et International Salonais) dont nous avons le plaisir de recevoir en tribune la Vice-Présidente Madame Catherine CASANOVA. Je tiens à excuser Madame Nicole HELSLY, Présidente du CEIS, qui devait intervenir aujourd’hui, mais se trouve retenue à Paris. Cependant je tiens à la remercier chaleureusement pour tout le travail qu’elle a entrepris à nos côtés, afin de pouvoir vous présenter le débat de ce soir.

Nous avons choisi de vous parler ce soir de l’Europe, car il nous semblait essentiel d’évoquer les enjeux du prochain scrutin européen. Nous n’évoquerons pas la campagne en cours et les propositions des différentes listes en compétition, mais nous nous devons d’évoquer l’enjeu de ce scrutin. En effet, le Traité de Lisbonne entré en vigueur le 1er décembre 2009 (après les dernières élections européennes) modifie largement le paysage institutionnel de l’Union. Désormais, le Président de la Commission européenne sera élu directement par le Parlement européen sur proposition du Conseil, l’instance qui réunit l’ensemble des chefs d’Etat et de Gouvernement des 28. Pour la première fois de l’histoire de l’Union, votre vote, le vote de nos concitoyens, le vote des citoyens des 28 pays membres aura un impact direct sur la désignation du président de la Commission, qui est en quelque sorte le Premier ministre de l’UE.

Si ce traité apporte de vraies réformes institutionnelles, nous sommes forcés de constater que la construction européenne est en panne depuis une décennie, et notamment depuis l’entrée, le 1er mai 2004, de dix nouveaux états membres. Si l’intégration des pays d’Europe de l’Est était fondamentale pour tourner définitivement la page de la Guerre froide, elle complexifie grandement la prise de décision au sein de l’Union et explique en partie les difficultés que connaît le projet européen. L’autre partie de l’explication réside dans les difficultés économiques et sociales que traverse le continent.

Nous avons choisi également de vous parler d’Europe, car en ces périodes de crise, de doute, de repli sur soi, il nous semblait important de prendre le temps de se poser et de réfléchir avec vous sur la situation de l’Europe actuelle.

Parce que nous faisons face aujourd’hui à la propagation d’un discours populiste inique et dangereux pour notre avenir et l’avenir de nos enfants, dont nous avons malheureusement déjà bien connu les conséquences et les dérives.

Parce qu’il est simple de crier au loup, d’accuser, de chercher des responsables, dont l’Union Européenne, mais bien plus difficile de se retrouver pour engager le dialogue et poser un constat objectif. C’est notre parti pris ce soir : ce n’est pas un débat pour ou contre l’Europe que nous vous proposons, mais une réflexion sur la meilleure des façons de construire avec l’ensemble des peuples européens notre avenir commun.

Nous allons parler des réussites de l’Europe, car il y en a, et il serait indécent de ne pas remercier ses pères fondateurs de nous avoir engagés sur cette voie.

Mais également, constater les échecs de cette Europe qui s’éloigne, qui nous échappe, dont nous attendions tant et qui se révèle, en période de crise, inefficace voire contre-productive.

Car elle est en  crise notre Europe, nous ne pouvons plus l’ignorer passivement. Cette crise est triple : une crise de la croissance, une crise identitaire pour ses citoyens et de légitimité pour ses institutions, mais également une crise de solidarité entre les pays du Nord et du Sud de l’Union Européenne. Cette triple crise affaiblit l’Union Européenne, alors qu’elle doit faire face à bien des défis économiques, sociaux, sociétaux, environnementaux, industriels, de défense, sans compter une mondialisation qui ne l’attendra pas.

Nous avons le destin de cette Europe entre les mains, que désirons-nous transmettre aux  générations suivantes, celles de demain, mais également celle qui est déjà là, cette génération qui a grandi dans cette Europe en construction, avec cette idée d’être Européen? Doit-on rester inerte et attendre que se décousent inlassablement plus de 50 ans d’histoire commune ou doit-on envisager de passer un cap, bousculer l’ordre établi, réinventer comme nous avons su le faire maintes fois par le passé ?

Nous avons fait l’Europe économique et malgré les difficultés que nous connaissons, c’est une véritable réussite qui a permis le développement de notre continent depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Mais aujourd’hui la crise met en lumière notre principal échec : nous n’avons pas fait l’Europe politique. Si elle a une puissante place économique et commerciale, l’Europe est un nain politique, incapable de peser sur les grands enjeux de cette planète. Nous le voyons bien en ce moment avec la crise Ukrainienne. Je l’ai bien vu également en tant que parlementaire en mission quand je suis allé à la rencontre de nos troupes au Mali. C’est un fait, l’Europe ne pèse pas sur la scène internationale.

Que cela soit à la carte avec les pays volontaires ou sous forme d’une fédération ou d’une confédération, il faut, avec les citoyens de l’Union, construire l’Europe politique du XXIe siècle. C’est en bâtissant ce nouveau projet commun que nous parviendrons à surmonter ces trois crises. C’est en intégrant toujours plus, en harmonisant nos politiques économiques, budgétaires et sociales, et en se dotant d’une véritable politique monétaire commune que nous parviendrons à surmonter la crise économique. C’est en bâtissant un vrai pouvoir politique démocratiquement élu et dessinant le chemin collectif que nous voulons suivre que nous parviendrons à surmonter la crise identitaire et institutionnelle. Et c’est par ces deux leviers que nous surmonterons également la crise de solidarité.

Afin de répondre au mieux à ces questions ou du moins envisager des pistes de réflexion, nous avons le plaisir d’accueillir Madame Catherine CASANOVA, Vice-Présidente et co-fondatrice du CEIS, qui œuvre depuis 1996, avec pour objectif d’informer la population et les jeunes sur la construction européenne, le fonctionnement des institutions, les élargissements, et la découverte des nouveaux Etats membres. Le CEIS aborde l’Europe d’une façon différente, plus objective et concrète que les politiques ou les médias. Il est aujourd’hui reconnu comme l’un des relais d’informations les plus actifs des bureaux de la Commission et du Parlement Européen. A ce titre, Madame CASANOVA  nous brossera le portrait de l’Europe, de l’Union Européenne, telle qu’elle est aujourd’hui, ce qu’elle représente, ses réussites, ses failles.

Nous pourrons ainsi mieux appréhender les difficultés qu’il nous faudra surmonter et la nécessité ou non de les surmonter ensemble avec nos voisins européens, afin de peut-être réinventer l’Union Européenne ou la projeter vers une nouvelle voie.

Nous écouterons ensuite Monsieur Guillaume KLOSSA Président fondateur du think tank EuropaNova, dont le nom a directement inspiré celui de Terra Nova fondé par Olivier Ferrand. Rien d’étonnant à cela, Olivier Ferrand et Guillaume Klossa étaient très proches, mais il vous en reparlera. Diplômé d’HEC et de Science PO, conseiller de  Jean-Pierre Jouyet au ministère des Affaires européennes puis de de Nicole Notat alors chargée d’un Groupe de Réflexion sur l’avenir de l’Europe créé par le Conseil européen, Guillaume Klossa fait partie de cette génération d’européens convaincus qui gravitent entre Bruxelles, Londres, Paris et Berlin pour œuvrer à la construction de l’Europe de demain. Il vous transmettra sa grande connaissance et sa vision de l’Union européenne ?

Conclusion du débat

Je tiens à remercier une fois encore Mme Catherine CASANOVA, Vice-Présidente du CEIS et Monsieur Guillaume KLOSSA, Président d’EuropaNova qui a fait le déplacement depuis Genève pour être présent parmi nous.

Je vous précise que Monsieur KLOSSA nous fait le plaisir de nous accorder une séance de dédicaces de son dernier livre « Une jeunesse européenne ».

Je remercie également tous les élus, les représentants d’associations et toutes les personnes présentes ce soir parmi nous.

Je voudrai clore ce débat sur quelques chiffres : L’union européenne représente environ 511 millions d’habitants, l’Amérique du Nord 351 millions et l’Asie près de 3 milliards d’habitants.

L’Union européenne représente environ 7% de la population mondiale, les Etats Unis 4,5%, le Chine seule 19,2%.

La France seule compte environ 65 397 900 habitants (65 millions), elle ne représente que 0,9% de la population mondiale.

Si nous voulons relever les défis auxquels nous devrons faire face dès demain, qu’ils soient industriels, commerciaux ou tout simplement humains, est-il plus judicieux d’être seul ou de relever ces défis ensemble, en construisant une Union Européenne qui compte et qui soit en capacité de défendre notre modèle de société, celui des droits de l’Homme ? »

Découvrez toutes les photos de cette conférence sur la page Facebook de « Notre Avenir en débats »

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